Cyril aime la politique

avril 1st, 2017

Entre le livre politique et le scenario de série télévisée

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L’emprise, de Marc Dugain - Folio 5925 - éditions Gallimard 2014

Inutile de décrire Marc Dugain : la Chambre des Officiers, la malédiction d’Edgard ou le livre sur le Koursk. En attaquant ce premier volet, l’Emprise, j’étais en terrain conquis. Conquis par cet auteur extrêmement réaliste et efficace quel que soit le sujet, l’ambiance qu’il aborde.

Et c’est encore le cas dans cette histoire autour d’affaires, de deals internationaux, d’intrigues politiques et syndicales. Avec le plaisir de reconnaître des personnages réels très inspirants : Anne Lauvergeon puisque nous découvrons le dirigeante d’un ersatz d’Areva qui n’a pas encore digéré son éviction, un Corse intriguant et très documenté entre Charles Pasqua ou Henri Guaino.

mars 29th, 2017

Attention à la success-story qui virerait au maniérisme

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Condor, de Caryl Férey - série noire Gallimard - 2016

OK, OK : ce livre serait sans doute un “coup de coeur” facile pour celles et ceux qui n’auraient pas lu de roman de Caryl Férey avant.

Or comment passer à côté de ses ouvrages précédents ? le secouant Zulu, dont l’adaptation hollywoodienne est moyenne malgré Forest Whitaker et Orlando Bloom. Le summum, selon moi, avec Mapuche en Argentine, ses débuts avec l’Utu, le Breton “La jambe gauche de Joe Strummer”, ou le drogué “les nuits de San Francisco” pour ne pas tous les citer.

Et justement, c’est LA réserve après la lecture de ce présent Condor. Mapuche disait l’aventure d’un intellectuel cassé par les épreuves Ruben qui rencontre une indienne à Buenos Aires. Là, que nous raconte Condor : un avocat gosse de riche désappointé en perte d’idéalisme, un ancien héros des forces spéciales d’Allende contre Pinochet. Ce dernier vivant en colocation avec … une jeune indienne vidéaste de génie.

Bref, attention Caryl Férey. Et c’est un vrai amateur de vos livres qui vous l’affirme : il va falloir sortir de ces vieilles recettes qui se dégagent à travers votre oeuvre “commerçante” : une empreinte locale très marquée. En l’occurrence l’Argentine Vs le Chili entre Mapuche et Condor ici. Des personnages marqués que l’on retrouve trop systématiquement, comme des Indiens (Mapuche, Condor, voire les Nuits de San Francisco).

Entre littérature et “easy-writing” : visiblement le coeur de l’auteur balance.

mars 5th, 2017

Si l’on n’est pas fan, on peut regretter la plume…

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“Intime, anti-biographie musicale” d’Alain Chamfort - Cherche-Midi - Collection Documents 2016

Pour des lecteurs qui le sauraient : c’est très étonnant que je puisse qualifier cette auto-biographie d’Alain Chamfort dans les livres “à ne pas lire”. Pourquoi ? Parce que je suis un fan inconditionnel du dit dandy de la pop française.

Ma déception ne vient pas d’une attente exceptionnelle

février 19th, 2017

un Héros, injustement méconnu à coup sûr … mais non sans faille

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Le Voyant - Jérôme Garcin - (Prix Relay des voyageurs lecteurs 2015 - Prix d’une vie Le Parisien Magazine 2015) - Folio 6115 - Gallimard 2015

Difficile de parler de ce petit livre. Sentiment mitigé.

Non pas sur l’écriture elle-même de Jérome Garcin : facture classique, on le connait. Adaptée à une biographie.

Ici l’auteur se lance dans une réhabilitation : celle de Jacques Lusseyran, objectivement inconnu. Comme d’autres héros anonymes de cette deuxième guerre mondiale (il suffit de s’intéresser, par exemple, au sort réservé aux membres du Commando Kieffer). Et là, on parle tout de même de la cheville ouvrière, le cerveau de la résistance étudiante dans Paris intra-muros.

Jacques Lusseyran a l’optimisme, l’intelligence chevillés au corps. Aveugle enfant, dès huit ans, il va lutter constamment : pour parvenir à poursuivre ses études (l’intégration des aveugles n’est pas légal à l’époque) même s’il ne parvient pas au bout de sa thèse, résistant, luttant contre la mort en camp, bénéficiant de peu de reconnaissance et d’aide après le conflit.

Durant toute cette période, Lusseyran est un personnage hors du commun. Extraordinaire au vrai sens du terme alors qu’il est galvaudé de nos jours.

“sentiment mitigé” néanmoins car on découvre dans la deuxième partie de sa vie, courte malheureusement à cause d’un accident de voiture de retour en France, un Jacques Lusseyran absent de ses obligations familiales abandonnant quasiment ses premiers enfants. Et rentrant dans une dérive sectaire durant de nombreuses années. Bref une suite paraissant indigne de l’intelligence du personnage et de ses faits d’armes … et de vie.

Un vrai personnage de roman avec toutes ses ambiguités.

janvier 4th, 2017

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis … de là à infléchir mon opinion sur le Gros Quinquin

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La Vie quotidienne à Matignon au temps de l’union de la gauche - Thierry PFISTER - Hachette 1985

Attention plongé dans un passé. Plein d’espoir mais aussi plein de naïvetés. D’hypocrisie et de népostisme selon moi quand on ne considère pas François Mitterrand comme un grand homme de la Vième République. A commencer par la photo du livre : le deuxième gouvernement Mauroy sur le perron. Et l’on s’amuse à se remémorer tous ces noms. Lesquels ont survécu, ou pas, dans les décennies suivants : Chevènement tout jeune, les ministres communistes du gouvernement avec par exemple un Fiterman qui prouvera être un honnête homme et Ministre, le versatile Jobert, Rocard encore souriant pas encore épuisé par les coups de Jarnac du retors Charentais président, Hernu semblant plaisanter avec son voisin Fabius pas encore victime de la trahison d’état du second avec le Rainbow Warrior, Auroux et son look de prof d’économie…

C’est cette couverture qui m’avait donné envie d’acquérir ce bouquin, dans une brocante, sur le stand d’un ancien étudiant de sciences politiques qui se débarrassait de ses “livres d’école”. Pour une lecture a posteriori avec un recul de trente ans.

Et ce fut une révélation. Un vrai intérêt pour cet envers du décor à Matignon en 1981 avec Pierre Mauroy. Encore une fois en conservant le plus grand recul face à un Thierry PFISTER partisan. Toujours est-il que Pierre Mauroy s’y montre honnête homme. Fidèle, à ses amis, à une certaine loyauté envers François Mitterrand (pourtant très condescendant à son égard). Bref, on ne peut pas lui retirer cela. Quant à son bilan, économique et social, … c’est autre chose.

A rajouter également un point intéressant : le mépris de la Province. Mauroy reste fidèle à son équipe lilloise en en intégrant certains de ses proches dans l’équipe du Premier Ministre ex secrétaire du Parti Socialiste. Or Paris, à la fois dans les serviteurs de l’état que dans certains de ses élus, va montrer un certain mépris à l’égard de ce nordiste bonhomme. Et lui ne va pas s’en préoccuper. Innovant même en ouvrant les portes de Matignon à son peuple de gauche & de province.

Enfin rien qui nous étonne. Avec les trahisons, les espoirs. Si, peut-être une majeure : la longueur de son sursis : durant des mois, Pierre Mauroy a cru “sauter” du jour au lendemain. Se définissant lui-même (anecdote d’un autre ouvrage : la Décennie Mitterrand) comme un fusible auprès du funeste François Mitterrand.

Au vrai une forme d’honnête homme ce Pierre Mauroy … aux dires de Thierry Pfister. 

novembre 20th, 2016

Attention nous sommes bien loin de la potiche bling-bling russe…

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Margarita LOUIS-DREYFUS, Enquête sur la fortune la plus secrète de France, d’Elsa Conesa - Grasset & Fasquelle 2013

Que savais-je de Margarita Louis-Dreyfus avant cette lecture, hormis la succession qu’elle a prise à la tête de la présidence de l’Olympique de Marseille après le décès de son mari, Robert LOUIS-DREYFUS ? Pas grand chose en vérité. Rien. Et pas beaucoup plus sur les affaires de son mari : adidas dans les années 90 puis l’OM dans la foulée.

Cette lecture remplit totalement ce vide. Surtout et avant tout sous un angle économique. Ne serait-ce que par la spécialisation de son auteur, Elsa CONESA, journaliste aux Echos. A l’inverse on voit vite qu’elle est moins au fait des affaires du football. Et tant mieux.

Ce livre, peut-être également car il y en a peu (trouver une biographie de Margarita L-D n’est pas chose facile), est quasiment un must. Pour deux vertus majeures.

Tout d’abord nous brosser un portrait qui se veut juste de cette héroïne russe. Sans complaisance mais sans tomber non plus dans la flagornerie. Et quel personnage. Loin de la caricature de la “parvenue russe” bling-bling, cette femme est un exemple de volonté absolue. Sans être née avec une cuillière d’argent dans la bouche. Mais une éducation, des valeurs. Et une fidélité. Absolue. A ses objectifs de vie, à ses amies (richissime elle ne les quittera jamais), à ses origines (pas de personnel de maison excessif pour ne pas perdre le sens des réalités et le contrôle de son home sweat home), à ses enfants, à son mari (alors que les épreuves, affectives et physiques, auraient pu l’en décourager). Bref qu’on aime ou pas sa froidure décrite : un modèle illustrant l’adage (discutable) “quand on veut, on peut”.

Néanmoins cet ouvrage d’E. CONESA a une autre grande vertu. Surtout pour les non financiers tels que votre serviteur. Mettre en avant un grand groupe français, Louis-Dreyfus & une activité spéculative méconnus : les denrées diverses et variées. Surtout, surtout, parce que c’est toute la vie et le talent génial (quoi que nous puissions en penser éthiquement -c’est un autre débat-) du mari de Margarita LOUIS-DREYFUS : les montages financiers, les appels de fonds, les holdings diverses et variées. Avec par exemple plus d’une centaine de banques quand il s’agit pour RLD de prendre le contrôle du groupe familial. Ou un montage financier tel de ses affaires, afin de se protéger de ses ennemis et surtout de ses collaborateurs, que personne n’était capable de le détricoter et comprendre ce qu’il contenait après sa mort. Tout cela est très bien expliqué par son auteur.

Au vrai, vous saisirez ce livre pensant lire une bio d’une Kardashian russe ? Vous y trouverez une autodidacte brillante, même si elle n’est pas toujours attachante. Et une lecture économique didactique.

octobre 23rd, 2016

avant Godard, un chef d’oeuvre d’une modernité absolue

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Le Mépris, de Moravia - Le Livre de Poche2105, originellement Editions Flammarion 1955 et traduit de l’Italien par Claude Poncet

Il faut préciser l’auteur de la traduction car si cette lecture est réussie, c’est aussi grace à son talent. Sans doute tellement efficace qu’il en est transparent : un bon travail qui ne se voit pas.

Un rendez-vous reporté depuis des années. Je ne saurai dire depuis combien d’années j’avais ce bouquin de poche de Moravia. En plus sans faire le lien immédiat avec le film de Godard. Cette fois, ça y est : je m’y suis mis et l’ai lu.

Et je ne le regrette pas. Précisons à propos du film que je ne l’ai jamais vu. Donc effet de surprise garanti et pas de transposition dans les acteurs de la version cinématographique.

Ce roman est universel. D’une écriture et dans l’expression des sentiments absolument contemporaines. Tellement que la lecture a parfois été pénible pour moi, je l’avoue. Difficile de ne pas se transposer dans la douleur et l’incompréhension de Richard Molteni.

Tout d’un coup, alors que le héros a l’impression de tout mettre en oeuvre -jusqu’à des métiers alimentaires contre une vocation artistique littéraire contrariée- pour offrir la vie à laquelle sa femme aspire : celle-ci lui annonce pire que la fin. Qu’elle ne l’aime plus, crescendo qu’elle ne le désire plus. Mais sans le quitter frontalement. Comme si c’était la suite logique et inexorable de leur (trop courte) histoire d’amour et de couple. Et Richard Molteni n’y comprend rien & va s’épuiser d’efforts. Tel le papillon pris dans son filet alors qu’il croit pouvoir encore s’envoler.

Je savais Moravia au panthéon, classique, des grands écrivains italiens. “Le Mépris” l’est d’ores et déjà dans mon petit Summum des livres à avoir lu et conservé.

octobre 13th, 2016

Paris, Bruxelles, …le Chili ou Israël

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Quelqu’un priait sur ma tombe, de Jean-Claude Melka - POLICIER Les Nouveaux Auteurs, Editions Prisma 2013

Allons à l’essentiel : j’ai beaucoup beaucoup aimé cette lecture. Conscient que de vrais lettrés trouveront peut-être cela trop simple dans le style.

Mais l’auteur Jean-Claude Melka raconte un personnage, commissaire de police placardisé suite à une affaire de moeurs mêlant des “huiles” gênantes pour la suite de sa carrière, très crédible et attachant. Encore davantage quand au fur et à mesure il devient amoureux de cette riche héritière flamande.

S’en suit une enquête entre Paris et Bruxelles, grace aux réseaux internes du héros Maxime Hobart au sein de la Police, passionnante sur la mort, louche, d’une espèce de Dodo la Saumure encore moins sympathique. Avec un lourd passé plus nauséabond encore.

Certes pas une grande oeuvre mais un vrai bon roman policier. 

octobre 10th, 2016

MISERY à la Française

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Des noeuds d’acier, de Sandrine Collette - Grand Prix de la littérature Policière 2013 - Denoël 2013 et livre de poche 33253

C’est devenu une habitude, me direz-vous mais j’ai hésité à catégoriser ce présent ouvrage dans les livres … à ne pas lire. J’imagine que dans son genre, beaucoup d’autres lecteurs ont aimé. Pour preuve son prix obtenu en 2013. Toujours est-il que moi, je ne suis pas rentré dans ce captivity thriller à la Française.

Très Français puisque le “héros”, lui-même avec un passé de violence ayant entraîné son incarcération, se retrouve prisonnier en pleine campagne perdue. Théo, quarante ans, va alors vivre un enfer, enchaîné par deux vieillards véritablement dégénérés. Avec des souffrances d’un réalisme tel que j’ai dû à plusieurs reprises suspendre la lecture deux cent cinquante sept pages.

Mais de mon unique point de vue ô combien subjectif, cette lecture pouvait s’éviter. Et le genre est trop racoleur dans la sa violence. 

septembre 19th, 2016

Une lecture “marathon” avec enfin, une issue

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Histoire de la Commune de 1871 - Prosper-Olivier Lissagaray, avant-propos de Jean Maitron - édition originale Bruxelles 1876

Difficile de parler simplement, en quelques lignes, de cet ouvrage. De cette anthologie, devrais-je dire.

Au vrai je ne connaissais quasiment rien sur la Commune de Paris. A peine la placer chronologiquement. Sans connaître les partis en présence.

Et bien, voilà qui est fait, objectif rempli. Plus de cinq cents pages de détails par le menu.

L’auteur, Prosper-Olivier Lissagaray, ne se cache pas d’être partisan. Sans être un dangereux gauchiste, il prend clairement position pour la Commune et fustige la lacheté (appel à l’aide étrangère) et le double langage (désinformation et procès expédiés après la reprise de Paris) des partisans d’Adolphe Thiers. Mais quel travail de précision avec la description, heure après heure, arrondissement par arrondissement, avec force description des protagonistes.

Au final, j’en fais un coup de coeur … spécial car ne le conseillant nullement. Comment préconiser le même temps de lecture que votre serviteur (j’avoue avoir mis trois ans entre d’autres lectures, toutes plus légères) ? Pourtant cela constitue un must pour prendre la mesure d’une période historique, utopique … sans lendemain. Sans parler des initiatives plus parcellaires dans d’autres villes de province.

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