Les liaisons dangereuses de Pierre Bérégovoy - Charles Villeneuve - Plon - 1993
Voici 15 ans que le dernier Premier Ministre socialiste de Mitterrand s’est suicidé, dans sa chère terre nivernaise. Et à l’occasion de cet anniversaire (les Français adorent les commémorations inutiles et les dates-taquets), il y a encore des imbéciles pour se faire du fric avec des pseudo-théories du complot : Elvis n’est pas mort / Neil Armonstrong n’a pas vraiment aluni en 1969 et la NASA a recréé les images / et … Pierre Bérégovoy a été exécuté parce qu’ il était gênant.
Il est surtout bon de se replonger dans ce bouquin, écrit l’année même du drame, par un Charles Villeneuve qui ignorait à l’époque que lui aussi serait victime des années plus tard d’un drame personnel, assumer la présidence du PSG.
Plus sérieusement ce livre remet les choses en place : Bérégovoy avait des défauts bien sûr. Mais c’était surtout un honnête homme. Intelligent et autodidacte à qui tous les milieux dans lesquels il a évolué ont fait ressentir qu’il n’était pas du “sérail”.
François Mitterrand pouvait pleurer ensuite à ses funérailles condamnant les “Chiens” aux trousses du cercueil de son ancien ministre à plusieurs reprises. Toujours est-il
que Pierre Bérégovoy n’a jamais jamais été de la Garden Party de la roche de Solutré (ce pélerinage au Lourdes socialiste de tous les flatteurs de la Mitterrandie -Paix à l’âme de Sevran),
que Pierre Bérégovoy ne s’est pas vu récompenser, en 1983, alors qu’il soutenait le Franc fort et la rigueur à l’instar de Jacques Delors : c’est alors le chouchou Laurent Fabius -pourtant partisan de plus de flexibilité- qui sera le Premier Ministre de cette Rigueur
et tout juste le sera-t-il en 1992, au pire moment quand tout est perdu et que le PS s’attend à une série d’élections calamiteuses, devant succédé au (rapide) désastre cressonien.
Oui Pierre Bérégovoy était un honnête homme. Quand un homme politique ne l’est pas et se sert dans la caisse, il n’est pas obligé comme lui de concourir à des prêts amicaux pour trouver 150 k€ et s’acheter un petit appartement parisien. Simplement a-t-il été naïf en n’imaginant pas, ou en les oubliant, les tristes casseroles de l’ami intime de François Mitterrand : Roger-Patrice Pelat.
Et Oui Pierre Bérégovoy -comme maintenant Jacques Chirac depuis un an qu’il n’est plus Président de la République- a été laché, une fois qu’il a du céder son premier Ministère au triste cohabitationniste, Edouard Balladur.
Vis-à-vis de cette grande figure de la Gauche qu’est François Mitterrand, Pierre Bérégovoy a toujours été la fidèle cheville ouvrière. Et dans “cheville ouvrière”, il y a “ouvrier” lui l’ancien fraiseur / Mitterrand restant la Gauche caviar, issue d’une vieille tradition de droite.
Il n’a pas supporté d’être laché par l’Elysée et par le PS en reconstruction, c’est-à-dire en renonciation des symboles de la défaite récente. Il a préféré choisir sa fin. Respectons-la et laissons-le où il est.