Cyril aime la politique

mai 1st, 2011

Deux anciens Premiers Ministres, qui ont travaillé ensemble bien que de bords politiques différents, peuvent-ils nous redonner confiance en la politique ?

Poster par cyrilaimelapolitique in Bouquins politiques

La politique telle qu’elle meurt de ne pas être - un débat conduit par Bernard Guetta entre Alain Juppé et Michel Rocard - JC Lattès - 2011

Inutile de présenter les deux protagonistes que le journaliste de Libération fait discuter et débattre :

d’un côté Alain Juppé, “le meilleur d’entre nous” selon Chirac. “Amstrad”, son surnom dans les années quatre vingt par ses collaborateurs bluffés par sa vélocité intellectuelle. Seul défaut majeur : sans doute, croire que le fond, la matière se suffisent à eux-seuls et que la communication est subalterne… D’où ses déboires en 1995.

de l’autre Michel Rocard, le Poulidor de Mitterrand, celui qui semble le plus féru d’économie à gauche. Une économie systémique et internationale, et non pas “bling-bling” et financière comme Strauss-Kahn. Celui qui semble avoir l’un des plus réseaux intellectuels à travers le monde. Qui a toujours tutoyé Chirac tout en restant de l’autre bord… Celui qui s’est vu détrôné en 1991 par Edith Cresson ; ce qui doit être une remise en cause terrible.

Or nous pouvions attendre beaucoup de ce bouquin.

Déjà bien vendu : partout sur les radios, les chroniqueurs louaient la qualité du fond, la brillance des deux interlocuteurs et leur faculté à discuter & échanger. Et nous savions qu’ils avaient déjà prouvé leur faculté à travailler ensemble sur des dossiers d’intérêt national, puisqu’un an auparavant, Sarkozy avait réussi à les rejoindre dans la Commission préconisant les investissements et les motivations du dernier Grand Emprunt National.

Disons-le tout net : le livre est à la hauteur des attentes et je ne peux que le conseiller vivement. En plus, ce qui ne gâte rien, le journaliste Bernard Guetta joue parfaitement son rôle, tentant de repousser chacun dans ses retranchements, relançant bien les questions à creuser, et restant objectif sans cacher son penchant évident pour un Rocard qu’il connaît mieux et dont les idées & le bord politique sont plus proches de lui.

Rassurant de les voir à la fois d’accord sur certains sujets : l’immigration nécessaire, la révision absolue de l’imposition (notamment la limitation/suppression de l’impôt sur les grandes fortunes, ou l’augmentation de la TVA) ou l’Europe.

Rassurant de constater également leur fond intellectuel respectif, à la fois commun pour abonder sur les sujets, et distincts de part leur génération, leur foirmation politique, et leur background universitaire différents.

Enfin de parfaitement comprendre que, s’il existe effectivement l’équivalent d’une feuille de papier cigarette de différence entre chacune de leurs points de vue, ces différences / ce clivage politique existent réellement entre Droite modérée (et moins binaire qu’il n’y paraît) et Gauche (pas si doctrinaire et emprunte d’économie).

Néanmoins, après lecture et en prenant un peu de recul, on peut aussi ressortir pessimiste de cette lecture en égrainant quelques vérités désolantes :

1. l’échec relatif de chacun de ces ex Premiers Ministres : l’un nommé par Mitterrand pour justement aller à sa perte et n’ayant pas réussi de grandes réformes. A l’image de la CSG ou du RMI. L’autre n’ayant pas réussi à cconvaincre en 1995, en voulant s’attaquer de front à tous (sans doute trop à la fois) les grands maux de la société française : réforme des retraites, fiscalité, emplois publics, etc.

2. l’impossibilité récurrente à faire accepter à la vox populi et politic certains thèmes forts sur lesquels ces deux “cerveaux” politiques tombent vite d’accord, à l’exception de quelques modalités ou modes opératoires : réforme de la fiscalité, nécessité pour la Gauche de reconnaître l’économie de marché -régulée- ou la poursuite de flux migratoires.

3.  la nécessité -démontrée brillamment par chacun de ces deux politiques- d’un minimum de bagage intellectuel et cosmopolite pour comprendre le monde, sa systémique et le réformer efficacement et durablement. Tout au contraire, préférons-nous actuellement -Sarkozy en étant le summum- des “grandes gueules” (Sarko donc, Mélenchon, Marine et consorts) qui démontrent moins leur vernis intellectuel. Sans parler des vacuités à la Zadig et Voltaire…

Mais trêve de pessimisme : lisez cet ouvrage. Au moins serez-vous plus armé sur certaines problématiques que vous comprendrez mieux (personnellement, par exemple, en quoi l’ISF doit être réformé voire supprimé ?).Un must.


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