Cyril aime la politique

août 8th, 2010

Un Canard Enchaîné, finalement opaque et partisan depuis toutes ces années ?

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Le vrai Canard - Karl Laske et Laurent Valdiguié - Stock 2008

Voici une biographie non autorisée. Et peu aidée par les gens de l’intérieur.

D’ailleurs, si l’on en croit les deux auteurs, le Canard aime choisir ses investigations, plutôt à droite ; il aime la dérision et les bons mots, de préférence contre de figures de droite. Mais pas à son encontre.

C’est vrai que lecteur occasionnel du Canard Enchaîné, je sais peu de choses de ce journal : sa vraie ligne éditoriale, s’il y en a une. Ou son board, sa capitalisation.

C’est tout le sujet de la bio. Et l’on comprend qu’elle n’ait pas été autorisée. La critique de fond du duo d’auteurs à l’encontre du Canard Enchaîné réside en trois points :

1. perte de sa “plume”, de sa subjectivité au fil des années :

le meilleur exemple semblant être la Culture. D’un vrai ton il y a quelques dizaines années (en témoigne P.Tesson alors chroniqueur), on est arrivé à des résumés des livres et films à succès, voire à une tribune élogieuse pour les ouvrages écrits …par des membres de la rédaction du Canard.

2. penchant très très à gauche, depuis la Mitterrandie :

autant le Canard Enchaîné a bien investigué et chargé l’ère Giscard. Cette bio sous-entendant même que le Canard a coulé la candidature de Chaban avec sa déclaration clémente d’impôts, ou le septennat de G.d’Estaing avec les diamants de Bokassa. Autant le Canard, objectivement partisan de l’élection de Mitterrand, a ensuite fait preuve d’un incroyable aveuglement sur nombre d’affaires afin de ménager les différents gouvernements du Roi Soleil de Jarnac : Irlandais de Vincennes, RainBow Warrior, prêt gracieux de Pelat à Bérégovoy..

3. Opacité de la capitalisation et de la gouvernance :

Si le Canard conserve une image quasi libertaire voire d’auto-gestion par une équipe de rédacteurs qui n’est pas tributaire de la publicité et des lobbys pour vivre et remplir sa pagination, la réalité en serait tout autre.

Les nombreuses lignes consacrées à la nature très singulière de l’actionnariat du Canard Enchaîné nous montre, bien au contraire, un empire de la cooptation et de l’oligarchie. Empire à l’intérieur duquel quelques uns détiennent le pouvoir. Jusqu’à faire partir les brebis galeuses sans juste retour quant à leur apport au Canard durant leurs années de bons et loyaux services.

Au final, une biographie objectivement très à charge. Pas toujours bien écrite et bien construite. Mais salutaire sur une quasi-institution comme le Canard Enchaîné, bien loin de son image de pourfendeur libertaire de TOUS les pouvoirs en place.

Pas sûr que cela me donne personnellement envie de lire aussi souvent le Canard Enchaîné…

avril 19th, 2010

Les gens ont-ils oublié une Femme d’exception, Françoise Giroud ?

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Françoise Giroud, une ambition française - Christine Ockrent - Fayard 2003Bon, il ne s’agit pas d’être dupe : Christine Ockrent n’est pas Pierre Péan. De par son profil policé et éminemment politique, sans parler de sa “filliation” marquée avec l’objet de la biographie (Ockrent a oeuvré à l’Express, donc en connexion avec Françoise Giroud sans être pour autant ses “filles” à l’image de Michelle Cotta ou Catherine Nay, ses aînées). Je savais donc en attendant l’ouvrage que ce ne serait pas une bio à charge, voire un peu complaisante.Néanmoins, même si les plus jeunes ont sans doute tendance à oublier ce personnage notable : la découvrir est passionnant.Certainement pas féministe car trop personnelle pour défendre une cause communautaire en groupe, elle est pour autant UNE femme représentative à l’extrême des Femmes modernes.Aimant les hommes, et surtout se faire aimer. A priori meilleure journaliste qu’écrivain. Ses livres gardant ce style journalistique efficace et rythmé, ainsi que le fond réaliste des narrations.Multiformes allant de l’Express au Nouvel Obs en passant par Elle. Jusqu’à Ministre de la Condition Féminine et de la Culture, même si elle sera moins efficace que, respectivement, les moins célèbres Monique Pelletier puis ….Jack Lang.Au final, conforme à son image “américaine”, cette bio de Christine Ockrent est certes “lisse” -on découvre entre les lignes les rares critiques- mais efficace. Et son personnage vaut vraiment le coup. Avec ses bassesses et son égocentrisme. Mais quelle vie.Tout est dit quand Ockrent écrit “Son grand oeuvre, ce fut sa vie”.

décembre 27th, 2009

l’autobiographie, volet 1, de Jacques Chirac : qui lira son achat et sera content ou déçu ?

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Chaque pas doit être un but, Mémoires - Jacques Chirac - NiL éditions octobre 2009

Cette fois, ça y est : Jacques Chirac, notre ex Président, plus populaire que l’ex Giscard d’Estaing & jamais aussi populaire que depuis qu’il n’est plus aux affaires : squatte chez les Hariri, s’occupe de sa fondation et … édite ses mémoires. Enfin ce qui est déjà annoncé comme le premier tome de celles-ci. En effet, ce premier volet s’arrête en 1995 quand il atteint son but ultime, après deux échecs : l’élection à la Présidence de la République, confortablement contre Jospin.

Succès, forcément, de l’ouvrage dans les medias. Lesquels en ressortent l’essentiel avant même que nous ayons l’occasion d’en parcourir les lignes :

son dépucelage dans un bordel d’Afrique du Nord,

sa fameuse rencontre de 1981 orchestrée par Edith Cresson avec Mitterrand, prétendument pour sceller le sort de Giscard par une alliance RPR/Union de la Gauche contre nature,

ou la véritable maladie de sa fille aînée.

Pour la faire courte, après avoir lu ses quatre cent trente huit pages (sans avoir poursuivi par les annexes), cet exercice de dévoilement de lui-même par Chirac est une vraie déception. A la rigueur “gentil”. Surtout envers lui-même.

Quand on a lu, comme votre serviteur, deux  biographies (l’une à charge, celle de Frantz O.Giesberg. L’autre plus équilibrée, bien qu’écrite par un journaliste d’investigation de gauche, Pierre Péan) : on reste doublement sur sa faim. Car Chirac ne joue pas complètement le jeu.

Tout d’abord, globalement, il reste très indulgent envers lui-même et ne se montre pas très capable d’autocritique. C’est ainsi que son discours antieuropéen de Cochin en 1976 n’est analysé que sous l’angle de la maladie : diminué des suites de son accident de voiture récent, il se serait laissé mené en bateau par le duo d’enfer Juillet/Garaud, sans avoir recouvré tous son esprit critique et d’indépendance. Et c’est tout juste si on le croit davantage sur son dérapage des années quatre vingt dix relatif aux voisins immigrés sur le palier, sans parler de l’odeur nauséabonde la leur cuisine.

Ensuite, par pudeur ou par volonté de ne pas trop ternir son blason, on ne retrouve pas toute la transparence qu’une autobiographie exigerait. Même subjective. Sur ses rapports compliqués voire conflictuels avec “certains” amis politiques, par exemple. Rien sur un Chaban-Delmas qu’il a contribué largement à “couler” pour les échéances présidentielles. Rien de véritablement intéressant sur ses rapports “je t’aime moi non plus” avec un Pasqua devenu très très gênant sur la fin (jusqu’à nous faire croire qu’il avait à peine suivi l’oeuvre de l’homme de main Marchiani, en 1986, pour libérer les otages du Liban).

Enfin, rien de très personnel sur ses amitiés plus transversales en politique : son attirance pour les Communistes en début de vie, jusqu’à l’anecdote de la signature de l’appel de Stockolm / celle avec Rocard / ses proches à droite que sont les Mazaud, Juppé ou Debré.

Au vrai, un livre “gentil” qui ne vous apportera pas grand chose de plus pour comprendre les affres de tels destins politiques. Si vous n’avez jamais rien lu sur Chirac, à la rigueur prenez ce livre. De surcroît pas forcément toujours bien écrit : dans le rythme notamment, avec des longueurs quand il s’agit d’expliquer des convictions politiques qu’on sent finalement assez légères (et c’est bien toute la limite et l’intérêt du personnage). Tout juste vérifierez-vous son attirance pour Mitterrand (pas très bien racontée car on sent en même temps qu’il cherche à se défendre d’une trop grande séduction du retors de Jarnac), sa haine envers Giscard et sa rancune tenace envers Balladur.

S’il est encore temps, lisez plutôt la biographie de Péan sur Chirac beaucoup plus dense en anecdotes, et mieux écrite. Et fuyez celle de F.O.G. uniquement à charge et crachant trop dans la soupe médiatique dont il s’est repu durant des années, voulant nous démontrer avec force suffisance à quel point, lui, était au fait des secrets de salon du Tout-Paris contrairement à ses plébéiens de lecteurs.

novembre 7th, 2009

Sans parler de burqa : hidjab, fichu, foulard, même combat ?

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Ce voile qui déchire la France - Fawsia Zouari - Ramsay 2004

Livre politique, sociologique ou témoignage ? En tout cas, fait de société. Un fait qui rejaillit régulièrement, depuis Creil en 1989. Pour finir récemment avec ces Françaises qui revendiquent le droit de porter, en France, la burqa.

Depuis peu, alors que personnellement j’étais de ceux capables de chanter par provocation Jean Ferrat en croisant des jeunes filles couvertes (”la Femme est l’avenir de l’homme”) : j’étais perturbé quand je voyais que cela semblait poser moins de souci dans le métro, à Londres. Où tous types de couvre-chef, de piercings et de tenues se cotoient indifféremment. Et la question cruciale se pose : si j’ai l’occasion de recruter, de bosser avec un(e) profil intéressant mais voilé(e) : que fais-je ? Pourquoi réagir ainsi alors que des collègues arborant une croix voyante ou une kippa ne me gêneraient nullement.

Alors je voulais m’aider dans la réflexion, voire me forger une opinion, en lisant la démonstration d’une universitaire musulmane telle que celle de Fawsia Zouari. Avec un bémol important : de culture musulmane certes, mais non croyante / pratiquante. Du coup, cette quête d’objectivité réclamerait en complément d’entendre une intellectuelle croyante / pratiquante. Donc voilée, certainement.

Dans cet ouvrage, Fawsia Zouari tombe un peu dans le travers universitaire : à force d’investiguer tous les aspects de la problématique autour du voile, à vouloir défendre et interpréter les deux points de vue (les opposants / les partisan(e)s) : on perçoit mal sa propre opinion plus mesurée.

Mais au final, elle parvient tout de même à nous renvoyer quelques vérités qu’il nous faut, Français hexagonaux, prendre en compte -à défaut de les comprendre ou les admettre- :

la SOUMISSION : accepter que cela ne soit pas si simple et que ces femmes voilées (encore une fois l’auteur parle bien du foulard, nullement de la burqa) puissent être aussi des intellectuelles, des êtres consentants, voire des femmes achetant leur autonomie et leur indépendance face à un milieu banlieusard macho.

> la RELIGION : si Raffarin parvenait apparemment à être catholique pratiquant dans le privé et représntant de l’état laïc refusant de communier dans les représentations publiques, Fawzia Zouari nous explique que pour ces Musulmanes qui arborent ce fichu, c’est une seconde peau -signe d’humilité voire d’une certaine noblesse, qu’il est inenvisageable d’arborer par intermittence.

> la CULTURE : alors que la République, encore plus à Gauche, se flatte d’accepter et de permettre à chacun de vivre selon ses atouts sociaux et culturels, pourquoi ne pas admettre le fait religieux comme un élément culturel constitutif comme un autre ?

> la FRANCE multireligieuse : en quoi ce refus du hidjab dont la vision révulse la majorité de nos concitoyens dont je suis, est-elle plus irritante que d’autres accessoires religieux ? Et ne reflête-t-elle pas notre incapacité à admettre une France non pas monochrétienne, mais aussi juive et musulmane. Déjà que malheureusement, avec le Régime de Vichy et la Shoah, l’israélite français d’avant-guerre est devenu le Juif de France. C’est encore pire pour ces Français musulmans. Pour preuve, les difficultés actuelles de Gaudin pour lever les fonds afin de construire la Mosquée de Marseille. Bref, arrêtons de suggérer à ces jeunes femmes de rentrer en Arabie saoudite ou en Iran. de même qu’il n’existe pas le mythe d’un bloc unifié arabe et musulman, les Français musulmans doivent être mieux acceptés. Sous peine souligne l’auteur de se radicaliser, pour une frange d’entre eux, vers des mouvements argentés mais peu recommandables.

> l’EXCLUSION : que fait la République et l’Ecole quand elle refuse son accès à celles qui au contraire, acquièrent de l’autonomie et du sens critique en restant le plus longtemps possible sur ses bancs ? Ce qui ne signifie pas pour autant, rappelle l’auteur, d’accepter n’importe quoi. A commencer par des dispenses de cours, des refus de cours d’histoire relatifs au Darwinisme ou à la l’Hollocause, ou certains cours trop couverts dans les tenues.

Au vrai, et pourtant je n’étais pas facile à convaincre, Fawzia Zouari démontre finalement que légiférer là-dessus est inutile, anecdotique (étant donné le nombre de Françaises concernées) voire contreproductif en les excluant / les radicalisant. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle cautionne le machisme ambiant d’une frange de garçons musulmans, pratiquants ou non, ou une certaine régression que ce port du hidjab peut cacher. 

juillet 31st, 2009

Denis Tillinac, un proche de Chirac corrézien. Mais pas uniquement.

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Rue Corneille - La Table Ronde ( c’est le minimum : il en était le patron encore récemment et en parle pas mal dans le présent ouvrage) - Denis Tillinac 2009

Il est “proche” de Chirac quoique son cadet de plus de 10 ans. Ici il ressasse des souvenirs sur sa maison d’éditions, les piges qu’il a pu faire pour le gouvernement (notamment au service de la francophonie), les personnalités -beaucoup politiques en l’occurrence car c’est un peu le propos du livre- qu’il a croisées.

Tillinac est un conservateur. Pas simplement parce qu’il est de droite mais plutôt parce que nostalogique d’une France passée. A-t-elle vraiment existé d’ailleurs ? Et en cela il ne suit pas Chirac dans sa guerre contre l’ethnocentrisme occidental.

Politiquement il est de droite et s’en explique bien avec une perle de mots que beaucoup d’entre nous ne renieraient pas actuellement :

“(à propos des élections présidentielles de 2002) Surtout, il valait mieux qu’en l’état les socialistes ne reviennent pas au pouvoir. Jospin se voulait l’héritier de l’histoire de la gauche, pas de l’histoire de France (…) Strauss-Kahn, lui, appelait à voter Chirac “en se pinçant le nez”. La formule en dit long sur la culture du mépris qui caractérise une partie de la gauche française, avec cette prétention à revendiquer le gardiennage exclusif de l’Empire du Bien. Si j’ai toujours voté à droite depuis le départ de De Gaulle, (…) c’est entre autres raisons par allergie à cette cléricature moralisante. Ma “droite” n’est pas homothétique à la gauche ; elle pactise d’instinct avec les moutons noirs de ses troupeaux, les folles de ses régiments, les hérétiques qu’elle met à l’index avec un mélange variable de perversité cynique et de fidéisme obtus. Rien de commun avec le courage politique, la vision grand-angle, la tenue d’un Mario Soares ou d’un Felipe Gonzales. Ou la tolérance d’un Delors, mais le socialisme de ce Corrézien d’élite ne fait pas recette dans les congrès. Pourquoi cette bigoterie venimeuse sur la place publique (…) ?.. comme si j’étais le “bon réac” d’un Empire du Mal qu’il faut assiéger sans merci ? Pour moi le PS n’est pas un ennemi à abattre, juste un parti en surcharge pondérale de fonctionnaires et de bobos.” Tout est (bien) dit.

Par contre, le gros reproche qu’on peut faire à Tillinac, outre une nostalgie d’une France pseudo-terrienne qui n’a existé que pour une certaine élite, c’est son manque de partis-pris.

En effet, quand il prend la défense d’un Le Pen ou d’un Charles Millon, voire de l’erreur de casting, Rachida Dati : on peut s’interroger sur ce qui l’irrite vraiment. A droite, en tout cas.

juin 25th, 2009

Quand on s’appelle Olivier Stirn, comment ne pas être oublié sinon en évoquant cinq présidents de la République ? Rien que cela.

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Mes Présidents, 50 ans au service de la Vème République - Olivier Stirn - Editions du Félin (Kiron), 2004

Qui se souvient d’Olivier Stirn ? Malgré une longue carrière politique comme élu, ambassadeur ou préfet, on se rappelle de ce descendant de Dreyfus uniquement de l’épisode des intermittents. En 1990, pour combler un forum organisé par son courant politique embryonnaire, son équipe et lui avaient alors engagé des figurants comédiens pour éviter que cela ressemble à un rassemblement dans une cabine téléphonique.

Dans son bouquin, n’attendez pas des révélations. Notamment cet épisode -le seul  marquant de sa carrière ,- est à peine évoqué sur quelques lignes. Dans un exercice de responsable-mais-pas-coupable & de ”c’est pas moi, c’est eux qui ont cru me faire plaisir” assez pathétique.

De manière générale, les anecdotes et la vision personnels d’Olivier Stirn à propos de de Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac et Sarkozy frisent parfois le ridicule. Tant elles sont sans intérêt. Comme Jack qui cherche à tous prix les spotlights et les honneurs, on sent que Stirn veut nous prouver qu’il a été de tous les soubresauts de l’histoire de la Vième République. Quitte d’ailleurs à adapter ses alliances et son obédience politique aux circonstances. Mais n’est pas Edgar Faure qui veut.

Ainsi pour nous prouver qu’il connaît Sarkozy plus intimement, il nous explique qu’il l’a rencontré une fois, à sa mairie de Neuilly. Et là ses écrits s’avèrent extrêmement éclairants sur l’homme : “puis le téléphone personnel sonna à nouveau. C’était sa femme Cécilia qui lui demandait à quelle heure il souhaitait déjeûner.” Tout est dit…

Reste une honnête étude synthétique sur les 5 présidents avant Nicolas. Bien chapitrée. Digne d’une synthèse d’un étudiant de science politique. Et sa conclusion sauve un peu le livre. Il y explique n’avoir voulu retenir que les aspects positifs de chaque personnage, et montrer comme la Vième est une constitution pérenne qui a survécu et a été bonnifiée par chacun d’entre eux.

Le fait que cette biographie multiple soit écrite par Olivier Stirn n’apporte pas la vision personnelle que nous aurions espérée. Et ce n’est pas les quelques photos de lui-même avec Tazieff au sommet d’un volcan, ou inaugurant les chrysanthèmes avec le président qui y remédient.

Au vrai c’est bien la peine d’avoir autant louvoyé au gré de ses convictions molles et des épisodes de la vie politique, pour ne laisser au final qu’une trace aussi faible…

mai 24th, 2009

Bernard Kouchner : French Doctor ou réel imposteur ?

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220px-koucher-111207.jpgLe monde selon K. - Pierre Péan - Fayard 2009

D’un côté sur le ring : Pierre Péan. Quoi qu’on en pense, un très bon biographe. Il se dit de gauche mais il n’a pas de chapelle et semble surtout chercher la vérité. En tout cas, je trouve ses bouquins salutaires. Par exemple ? Quand en 2007, il mêne une enquête objective, pas systématiquement à charge, sur Jacques Chirac en fin de carrière. Contrairement au pro des vestes réversibles, Frantz Olivier Giesberg. Ou quand il s’attaque à Bokassa et à ses amis républicains en 1977. Enfin, son fait d’armes le plus connu, en 1994 : démasquer -enfin- la vraie jeunesse de Mitterrand, sa francisque, son ami Bousquet… Bref un investigateur plutôt comme les anglo-saxons les aiment. Les nôtres côté Français étant souvent jugés trop acoquinés avec le pouvoir politique.

De l’autre côté, LE chouchou des Français : Bernard Kouchner. L’homme du Biafra, le mari de LA Reine Christine (Ockrent). Le French Doctor dont on se souvient pour sa gestion du Kosovo, de la Somalie, voire du Rwanda. Et tout récemment, tout frais Ministre des Affaires Etrangères, il nous prédisait un conflit malheureusement inévitable avec l’Iran. Rien que cela. Avant, en 2003, il était un des seuls à se mettre en porte-à-faux des Chirac et de Villepin, en se déclarant favorable à l’entrée en guerre de la France au côté des Etats-Unis, contre l’Irak de Sadam.

Et là, dans le bouquin de Péan, le mythe -s’il persistait- s’écroule. Enfin. Car Docteur K a tout de même 70 ans et sévit depuis 40 ans et son Biafra.

Certes Péan attaque d’emblée et on sent le procès à charge. Toutefois, les faits sont vraiment accablants pour l’Atlantiste Kouchner :

-tirage de couvertures à lui, cherchant systématiquement les spotlights. Même s’il y en a d’autres (cf. Sarkozy ou Lang, par exemple),

-proaméricanisme. En tant que tel, rien de grâve au pays de ceux qui n’aiment pas assez l’Amérique à l’inverse. Par contre, Kouchner est trop favorable aux “cons” (en Anglais, attention). Les pires faucons des administrations Bush.

-il falsifie les faits, dans une description des conflits trop binaire entre les tous méchants et les tous gentils (ex. un Rwanda complètement irréaliste quand il le décrit. Et là, Péan sait de quoi il parle et est beaucoup plus équilibré que le French Doctor. Cf. Noires fureurs, blancs menteurs : Rwanda 1990 - 1994 aux Milles et Une nuits en 2005).

-il bouffe à tous les rateliers, ainsi que sa chère et tendre mêlant clairement intérêts privés personnels et générosité d’Etat.

-il crie, comme ses amis philisophes à chemise ou à mèches folles (BHL, Glucksmann…) systématiquement au génocide.

-ou se révèle avec des amitiés franchement incompatibles avec un exercice du pouvoir le plus objectif possible : en premier lieu avec le Rwanda, mais aussi à l’époque avec les Musulmans de Bosnie.

(…)

Au vrai cet bio de Péan est lecture salvatrice pour être moins dupe des manipulations des medias, portées à son summum avec un Kouchner. Lequel non seulement n’est pas le héros qu’il se prétend, mais au contraire pourrait se révéler dangereux à la tête, actuellement, d’un Ministère des Affaires Etrangères dont il ne cesse de casser l’oeuvre de ses représentants à l’étranger, ou de court-circuiter l’action indépendante des associations humanitaires. Notamment les françaises et ses représentants french doctors

Un must de Péan même si ce n’est pas la mieux écrite, ni la plus équilibrée dans son propos.

octobre 25th, 2008

Charles Hernu, un grognard de la politique

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Affaire Hernu - Patrice Hernu - Ramsay 1997

Qui dans les plus jeunes se souvient de Charles Hernu ? ou du Rainbow Warrior dans la baie d’Auckland en Nouvelle-Zélande ?

Par contre, Laurent Fabius est toujours là. Non seulement vivant -cela, nous ne pouvons pas lui en faire le reproche- mais vivant également politiquement au sein du PS. Un PS qu’il préférera voir exploser plutôt que de devoir renoncer à son destin politique en lequel il croit encore.

Charles Hernu était tout autre. Bien entendu, une biographie par le fils n’est pas des plus objectives. Mais d’autres lectures, notamment les 3 tomes de la Décennie Mitterrand, confirment l’honnête homme qu’il était. Il a tout pris, tout encaissé. En bon officier de réservé, de gauche républicain qu’il était. Tout pour préserver Mitterrand, et par la même son fils prodigue, Laurent Fabius. Lequel a laissé la presse se déchaîner sur son Ministre de la Défense. Et ne l’a pas plus défendu a posteriori, personne d’autre d’ailleurs, quand les rumeurs d’espionnage à la solde de la Bulgarie ou de la Roumanie sont nées dans les medias.

Charles Hernu, qu’on soit de son bord ou pas, fait partie de ces personnages qui réhabilitent la politique. Non ils ne sont pas tous pourris.

Et s’il a pu assister de là-haut à son enterrement, il a du sourire en constatant que sa (troisième !) femme avait refusé à Laurent Fabius l’accès à la cérémonie des funérailles. Une petite justice….

septembre 22nd, 2008

The rise and fall du Front National

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Histoire secrète du Front National - Renaud Dély - Bernard Grasset 1999

Si Sarkozy a un seul mérite politique, c’est de nous avoir débarrassé du Front National de Le Pen, lors des dernières Présidentielles. Conjointement au vieillissement du tribun fasco breton qui, à presque 80 ans, a annoncé -surprise !..- renoncer à la candidature aux prochaines élections.

Avec tout cela, on en oublierait la puissance de ce même front : embryonnaire dans les années soixante dix, puis émergeant et triomphant à la fin des 80ies et début des 90ies.

Cela correspond à la plénitude du duo Le Pen - Mégret. Et justement cet ouvrage vieux de dix ans d’un journaliste de libération permet, même a posteriori, de comprendre à quel point l’extrême droite recèle des différences. Des fossés flagrants entre le tribun jusqu’au-boutiste et provocateur à l’extrême, et le nabot polytechnicien, technocrate, ayant flirté avec le RPR et prêt à tout pour accéder aux pouvoirs (même la mairie de Vitrolles). Pour y distiller ses tranches de droitisme.

Scission entre des groupes devenus groupusculaires, vieillissement et réappropriation par la droite républicaine : 3 raisons de se réjouir de la fin annoncée du FN.

août 28th, 2008

Les blessures de la Vérité

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le fils prodigue de la MitterrandieLaurent Fabius - Les blessures de la Vérité - Flammarion - 1995

Quand on évoque le nom de Laurent Fabius, que retenons-nous : le nom du plus jeune Premier Ministre au moment du virage de la Rigueur sous François Mitterrand, le Rainbow Warrior, le scandale du sang contaminé, ou le tenant du Non au moment du référendum européen sous la Chiraquie ?

Plus que d’autres, est-ce l’effet de son physique et son image de caricature de l’énarque lisse premier de la classe au crâne dégarni -comme François Hollande ou Alain Juppé- ?, Laurent Fabius dégage l’image d’un attelage de casseroles aux fesses. En premier lieu, évidemment, l’énorme scandale du sang contaminé, qui inspire grandement le titre du présent ouvrage. Mais aussi le RainBow Warrior où il réussit alors à s’en sortir aux dépens d’un Charles Hernu, chargé et qui l’accepte en bon soldat et fidèle serviteur de la cause d’Etat. Ou la Rigueur pour laquelle d’en devenir le premier ministre quand des Bérégovoy ou Delors étaient alors plus légitimes car, eux, avaient soutenu ce virage en amont. Bref Laurent Fabius a objectivement une très mauvaise image. En est-il conscient ?

En tout cas, dans Les Blessures…, celui-ci s’exprime clairement et parvient même à faire douter votre serviteur en le lisant. Notamment à travers les lignes relatives au sang contaminé. Un peu moins dans ses théories sur l’avenir réformiste de la gauche et du PS en particulier.

Au vrai, les dés sont pipés pour celui qui fut le brillant espoir du Parti Socialiste et objectivement, le (ou l’un des) fils prodigue chouchou de Mitterrand. Il a beau essayé de communiquer autrement, de se “vendre”, reste qu’on ne l’aime et qu’on sent son intelligence, réelle (contrairement à Hollande), au service de sa démagogie et de son destin. Comme beaucoup d’autres, diraient certains. Certes mais chez Laurent Fabius, cela se voit.

Et la suite de sa carrière a montré qu’il était prêt à toutes les mascarades pour réussir et remonter : dire non à l’Europe et aller dans le sens du populisme, est-ce responsable quand son propre parti soutient le projet européen depuis des décennies ? Le croyons-nous quand il se fait photographier sur une moto, qu’il ne conduit pas, ou mangeant des carottes ; lui qui boufferait tous les autres éléphants du PS pour un n-ième come-back.

Non définitivement pas un personnage sympathique malgré des démonstrations brillantes…

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