Un Canard Enchaîné, finalement opaque et partisan depuis toutes ces années ?
Le vrai Canard - Karl Laske et Laurent Valdiguié - Stock 2008
Voici une biographie non autorisée. Et peu aidée par les gens de l’intérieur.
D’ailleurs, si l’on en croit les deux auteurs, le Canard aime choisir ses investigations, plutôt à droite ; il aime la dérision et les bons mots, de préférence contre de figures de droite. Mais pas à son encontre.
C’est vrai que lecteur occasionnel du Canard Enchaîné, je sais peu de choses de ce journal : sa vraie ligne éditoriale, s’il y en a une. Ou son board, sa capitalisation.
C’est tout le sujet de la bio. Et l’on comprend qu’elle n’ait pas été autorisée. La critique de fond du duo d’auteurs à l’encontre du Canard Enchaîné réside en trois points :
1. perte de sa “plume”, de sa subjectivité au fil des années :
le meilleur exemple semblant être la Culture. D’un vrai ton il y a quelques dizaines années (en témoigne P.Tesson alors chroniqueur), on est arrivé à des résumés des livres et films à succès, voire à une tribune élogieuse pour les ouvrages écrits …par des membres de la rédaction du Canard.
2. penchant très très à gauche, depuis la Mitterrandie :
autant le Canard Enchaîné a bien investigué et chargé l’ère Giscard. Cette bio sous-entendant même que le Canard a coulé la candidature de Chaban avec sa déclaration clémente d’impôts, ou le septennat de G.d’Estaing avec les diamants de Bokassa. Autant le Canard, objectivement partisan de l’élection de Mitterrand, a ensuite fait preuve d’un incroyable aveuglement sur nombre d’affaires afin de ménager les différents gouvernements du Roi Soleil de Jarnac : Irlandais de Vincennes, RainBow Warrior, prêt gracieux de Pelat à Bérégovoy..
3. Opacité de la capitalisation et de la gouvernance :
Si le Canard conserve une image quasi libertaire voire d’auto-gestion par une équipe de rédacteurs qui n’est pas tributaire de la publicité et des lobbys pour vivre et remplir sa pagination, la réalité en serait tout autre.
Les nombreuses lignes consacrées à la nature très singulière de l’actionnariat du Canard Enchaîné nous montre, bien au contraire, un empire de la cooptation et de l’oligarchie. Empire à l’intérieur duquel quelques uns détiennent le pouvoir. Jusqu’à faire partir les brebis galeuses sans juste retour quant à leur apport au Canard durant leurs années de bons et loyaux services.
Au final, une biographie objectivement très à charge. Pas toujours bien écrite et bien construite. Mais salutaire sur une quasi-institution comme le Canard Enchaîné, bien loin de son image de pourfendeur libertaire de TOUS les pouvoirs en place.
Pas sûr que cela me donne personnellement envie de lire aussi souvent le Canard Enchaîné…
