Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi - Arto Paasilinna - originellement “Kymmenen Riivinrautaa” en 2001, puis Denoël 2009 et folio 5078
J’ai hésité à catégoriser cet ouvrage dans mes “livres coups de coeur” car cet ouvrage est plutôt, à mes yeux, un ovni, un outil de découverte culturelle. Pour moi. Plus qu’un coup de coeur.
Lecture courte (270 pages). Comment qualifier ce roman ? Lubrico-picaresque ? En effet, au bout de quelques pages, et de façon croissante, on se rend compte que le “héros”, l’industriel sexagénaire Rauno Rämekorpi, raconte sa vie, son passé et ses rencontres de SON point-de-vue. Comme cela l’arrange, égoïstement, en enjolivant les conséquences de ses actes sur les autres ; en particulier sa femme Anniki.
Rauno Rämekorpi fête ses soixante ans. Industriel auto-didacte à succès, il est bien entouré dans une fête plus protocolaire qu’intime, organisée par sa seconde épouse, avec toutes les huiles locales et nationales qui s’imposent.
A la fin de la fête il va se retrouver surchargé de cadeaux, victuailles et gerbes de fleurs en tous genres. Or son épouse est allergique à ces dernières et cela rend impossible de les laisser à leur domicile. Plutôt qu’aller les jeter à la décharge, le voilà embarqué avec un chauffeur de taxi dans un road-roman alentour pour aller les distribuer à des connaissances, féminines, qu’il connaît et a connu et avec lesquelles il a toujours partagé un ou plusieurs moments d’intimité, remettant cela à chaque visite. A son corps défendant, bien entendu.
Puis quelques mois après, à l’orée du 25 décembre, il compte bien remettre cela, toujours assisté de son fidèle compagnon chauffeur de taxi et lutin du Père Noël pour l’occasion. Mais entretemps, toutes ces femmes -pourtant d’âges, d’horizons et de conditions différents- se sont mises mutuellement au courant de leur “infortune” commune. Et le masque, la nature réelle du personnage Rauno Rämekorpi vont de plus de plus être mis à jour.
Au vrai, ce personnage brut et quasi-rustre malgré sa queue-de-pie et les honneurs récoltés après 60 ans de vie est un prétexte illustratif pour l’auteur. Illustrant quoi ? N’en sachant pas plus ni sur Arto Paasilinna, ni sur la Finlande, il nous est difficile de trancher.
Au vrai, les 270 pages de lecture ne sont sans doute pas un ouvrage qui restera dans nos annales personnelles. Par contre, au pire, elles nous brossent un portrait assez cru de ce qui constitue sans doute 75% de la condition masculine universelle. Même si là, il s’agit d’un récit finnois. Au mieux, c’est aussi une occasion facile d’en savoir un peu plus sur la Finlande. Au-delà de ses pilotes de rallye automobile dont les noms de famille finissent tous phonétiquement par “neine”, de sa pseudo-neutralité durant la seconde guerre mondiale entre les Nazis allemands et les Soviétiques russes, ou les Accords d’Helsinki. A travers les destinées et les métiers des femmes que Rauno Rämekorpi rencontre, on en apprend un peu plus sur son histoire, son climat, ses moeurs alcooliques voire brutales des Finnois ou sa gestronomie semblant beaucoup graviter autour des harengs.
Une découverte “exotique” peu flatteuse…