Cyril aime la politique

octobre 1st, 2008

Cul-de-sac australien

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Cul-de-sac - Douglas Kennedy - Folio policier - Gallimard 1994

Nick est un journaliste américain, qui fait le bilan de sa vie sans ambition, sans projection, en jouant les routards dans le bush australien. Pour quelques semaines ou quelques mois. Une bonne fortune avec une fille du coin, un peu paumée, comme les alentours environnant va être sa perte, son calvaire dont il rira (jaune) lui-même.

Excellent thriller, avec de la dérision par-dessus. Bien écrit et bien traduit pour ce road-story à travers des coins (plus que) paumés de la grande île. Un excellent divertissement.

septembre 6th, 2008

Le portrait de Dorian Gray

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oscar_wilde.jpgLe portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde - Première édition en 1890 - Folio classique 2360 édition de Jean Gattegno

Beaucoup, l’auteur lui-même, considère qu’Oscar Wilde a fait preuve de plus de génie dans le cours de sa vie et de ses propres répliques de salon et écrits dans la Presse, que dans son oeuvre littéraire.

Toutefois “le Portrait”, relu après une première fois voici 15 ans, est vraiment une merveille dans laquelle on retrouve beaucoup de passions de Wilde : la tragédie à l’issue inexorable, les salons londoniens, le culte de la beauté, le narcissisme de Gray voire de “l’observateur” Harry. Et évidemment ce qui va coûter la perte d’Oscar Wilde : les amours illicites.

En tout cas, il est faux de croire qu’il a mis en scène sa propre vie car quand il écrit “le Portrait”, il n’a pas encore rencontré Douglas Queensberry. A l’inverse, il est fascinant de voir comment l’écrivain va, consciemment ou pas, tenter de reproduire, après l’avoir écrit, ”le Portrait” dans sa propre existence : il deviendra fou dépendant de celui qui est, presque, son Dorian. En moins intelligent écrira-t-il perfidement après leur séparation. Seulement, dans la vraie vie, ce n’est pas Dorian qui meurt de sa folie narcissique, mais Oscar Wilde qui finit en prison à Reading, puis minablement dans un bouge parisien.

Vraiment un chef-d’oeuvre. A lire à plusieurs époques de sa vie, et dont au minimum la science du verbe devrait nous inspirer. Sans néanmoins reproduire l’ironie ou la désinvolture systématiques.

août 31st, 2008

Douze contes vagabonds

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12 contes vagabonds - Gabriel Garcia Marquez - Grasset 1992 et Livre de Poche 13747

12 histoires dans la veine de l’auteur. Des histoires pour se distraire, rire et avoir peur parfois. Un condensé pour découvrir ou redécouvrir cet écrivain de génie et ses marottes : la Colombie, ses odeurs et ses personnages fantasques évidemment. Mais aussi le cosmopolitisme, surtout dans l’Europe de Barcelone, Genève ou Paris. “Réalisme magique” dit le dos de couverture de la version poche, c’est tout à fait cela. Avec Garcia Marquez, on sait dans quoi on va tomber, et en même temps on va de surprise en surprise à chaque histoire.

Au vrai, un génie.

août 18th, 2008

Les sirènes de Bagdad (Les hirondelles de Kaboul)

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Les sirènes de Bagdad - Yasmina Khadra - Julliard 2006 (et Pocket)

Le narrateur est un bédouin irakien, qui habite Kafr Karam, un village “tranquille”, arriéré diraient les partisans de la ville. Ceux qui sont allés et connaissent Bagdad. Un petit village dans le désert, encore éloigné de la guerre intérieure que les GI américains ne parviennent pas à contenir.

Très vite, la vie du narrateur va basculer, violemment et graduellement. Jusqu’à le conduire aux pires décisions de l’intégrisme, de l’absolutisme. Et justement ira-t-il jusqu’au chaos absolu ?

Encore une fois -cf. notre chronique du 27 mai dernier sur un autre opus de cette trilogie en Israël “l’Attentat”- cet excellent écrivain algérien qu’est Yasmina Khadra nous narre très bien la tragédie actuelle en Irak, à travers tout une série de personnages vrais. Ni totalement courageux / ni totalement couards. Ni méchants / ni gentils. On comprend à quel point, a fortiori l’armée américaine, l’Occident doit faire l’effort de comprendre l’autre, ses us et coutumes, ses interdits, plutôt que d’agir comme un éléphant dans…

Vous finirez bien cette trilogie avec “Les hirondelles de Kaboul” (Julliard 2002), plus court, plus noir, avec moins d’éclairs positifs. A l’image de la situation sur place ? Là, des personnages désespérés ou cyniques, qui descendent au plus profond de leur (mal) être. Surtout dans un cadre, Kaboul à l’époque des Talibans, qui est omniprésent à travers les 148 pages de ce court roman.

Ce ne sera plus possible de regarder CNN ou les chaînes satellites arabes sans plus de recul, après cette riche lecture.

Cela donne envie de lire le reste de l’oeuvre, notamment algérienne, de l’auteur.

août 7th, 2008

Pas ici, pas maintenant

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Pas ici, pas maintenant - folio - 1989 - Erri de Luca

le narrateur a une soixantaine d’années. Il visualise très bien sa mère, à travers un visage contemporain similaire, ou à travers sa mémoire, on ne sait pas trop.

Et il lui parle, ressasse sa jeunesse napolitaine. Ce qui aurait du être des peines, des handicaps ou des frustrations à travers lesquels il est passé, indifferemment.

L’occasion de lire des perles :”tu paraissais moins jeune que les femmes de ton âge, mais tu as repris l’avantage sur le tard. J’ai vu des femmes tomber dans l’âge suivant comme on rate une marche, par mauvais calcul, pour avoir voulu retenir trop longtemps le précédent”, “Parler, c’est parcourir un fil. Ecrire c’est au contraire le posséder, le démêler.” (pour évoquer le bégaiment du narrateur).

Erri De Luca est apparemment considéré comme un écrivain italien contemporain important. Pas ici, pas maintenant est son premier romain, dans ce Naples qu’il connaît et qu’il évoquera ensuite dans d’autres récits. Ce sont en tout cas des romans toujours prenants, courts, bien traduits de l’Italien avec des phrases sans fioriture qui disent tout. Et souvent des personnages qui se racontent et pour lesquels la vie n’a pas été facile, mais avec laquelle “ils ont fait avec”.

Jamais très optimiste mais on est illuminé par quelques perles expressives.

juillet 20th, 2008

Après, Fred Chichin est mort

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Après, Fred Chichion est mort - Pascale Clark - Romain Seuil - (avril) 2008

Un très très beau roman, bien écrit, touchant, direct. La narratrice raconte LA vie. Celle qui la raconte, c’est l’auteur elle-même, journaliste. Connue notamment quand elle interviewait en voix-off des people de toutes sortes, dans un appartement-studio reconstitué, sur Canal Plus le samedi en clair. Mais que ce soit elle ou une autre n’est pas le plus important…

LA vie nous est contée sous deux facettes : la vie politique et médiatique durant le premier semestre 2007. C’est-à-dire, inévitablement, la campagne présidentielle et la montée omniprésente de Nicolas Sarkozy. Egalement le festival de Cannes auquel elle assiste en reporter. Elle nous y parle de sa chambre d’hôtel ou de la projection de “Zodiac”.

Mais tout cela n’est pas l’essentiel et ne devrait être que le “papier peint” de la propre vie de la narratrice. La vraie facette du livre. L’auteur, sans s’en rendre compte, se plonge dans le travail et ces futilités pour s’oublier. Pour oublier ou ignorer que son GSM ne sonne plus. Pour repousser l’échéance du SMS assassin qu’elle pressent de plus en plus précisément sans le formaliser.

“Si (elle) avait eu une montre, celle-ci se serait arrêtée à 20H12. L’heure de la …”

Encore une fois, c’est excessivement bien écrit et efficace. Les femmes seront solidaires, les hommes comprendront aussi. Jusqu’au titre qui n’est sans doute pas innocent car quand Fred Chichin est mort, au-delà d’un groupe exhubérant vieux de trente ans, c’est surtout Catherine Ringer qui elle-aussi a perdu son amour.

juillet 19th, 2008

De soie et de sang

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De Soie et de Sang (une enquête de l’Inspecteur Chen) - Qiu Xiaolong - Points Policier - 2006

L’inspecteur principal Chen vit à Shangaï. Bon policier mais aussi poète à ses heures. A telle enseigne qu’il redémarre actuellement ses études de littérature et poursuit tout le roman une dissertation sur les drames amoureux.

Or Shangaï vit actuellement ce qui semble être une “première” : les crimes en série d’un détraqué. Car toutes les victimes sont retrouvées nues, sous une qipao rouge et déchirée. Ce vêtement bourgeois trditionnel avant-guère va conduire l’Inspecteur Chen à travers le présent d’une ville moderne, et le passé : les violences de la Révolution Culturelle, notamment.

Et parallèlement les lecteurs occidentaux que nous sommes pourront vérifier le raffinement de la cuisine chinoise : certes la cervelle de singe encore vivant. Mais aussi les crevettes vives dans l’alcool puis revenues sur des braises, le serpent et son fiel post-exécution à boire dans l’alcool, ou la tortue vivante nageant dans un bouillon …de plus en plus chaud.

Le lecteur peu au fait de l’Orient retrouvera des rythmes classiques d’un thriller américain, chez cet auteur vivant aux Etats-Unis. Et en même temps, il nous fait redécouvrir sur plusieurs plans un Shangaï à la fois moderne et intemporel. Un bon polar exotique.

juillet 7th, 2008

Le sillage de la baleine, de Francisco Coloane

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“El camino de la ballena” (1962) - Francisco Coloane - Poche Points

Pedro Nauto est un enfant naturel, orphelin prématurément dans son île au Sud du Chili. Au gré des rejets qu’il va connaître, il va pouvoir se rendre à l’espace dans lequel il sera libre : le grand large à bord d’un baleinier. Le Léviathan.

J’aime, j’adore Gabriel Garcia Marquez. Je ne connaissais pas Francisco Coloane, écrivain originaire de ce même sud du Chili du début XXème. Ce bouquin est une vraie merveille, qui donne envie de lire Moby Dick à ceux -comme moi- qui ne l’ont pas encore fait. Les personnages, essentiellement masculins, sont des portraits extraordinaires. Cette rudesse des hommes et des paysages décrits rend l’achèvement de la lecture regrettable.

Vraiment un chef d’oeuvre, bien traduit. Même si sans doute l’original espagnol doit être encore meilleur.

mai 27th, 2008

L’Attentat - Yasmina KHADRA - Pocket / Julliard - 2005

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“Amine le bédouin est un chirurgien de premier ordre. Il opère à l’Hôpital de Tel Aviv, parfaitement intégré dans l’équipe du Directeur, Ezra Benhaïm, au milieu de ses collègues israéliens juifs Kim Yehuda ou Ilan Ros. Ce dernier gardant toutefois une méfiance ou une rancoeur à son égard. Et puis un attentat, suicide a priori, à quelques rues de leur établissement va bouleverser l’existence d’Amine”.

Ce roman, Grand Prix Pocket 2007 des Libraires, est une merveille écrite par un écrivain algérien. Lequel nous plonge parfaitement, sans manichéisme caricatural, dans la vie de cet Arabe qui pensait avoir construit une vie harmonieuse, sans rupture de ban avec ses origines, tout en ayant réussi une carrière professionnelle et sociale exemplaire.

Un livre que vous dévorerez, et qui vous fera mieux comprendre des destins contemporains en Israël, et en Palestine en particulier. A travers les yeux d’Amine dans lequel le lecteur se retrouve. Forcément.

Une vraie vraie claque qui pousse à découvrir le reste de l’oeuvre de Yasmina KHADRA, de son vrai nom Mohammed MOULESSEHOUL : les Hirondelles de Kaboul et les Sirènes de Bagdad constituant avec le présent ouvrage une trilogie visant à nous faire comprendre le dialogue (impossible ?) entre Orient et Occident.


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